La confrontation entre Picasso et ses maîtres fera date. L'exposition est exceptionnelle par la concentration des chefs d'oeuvre qu'elle renferme, même si le choix des murs tapissés de gris ne les met guère en valeur. Mais elle vaut aussi par sa démonstration: Pablo, le prodige précoce, est devenu Picasso l'Artiste en convoquant, dans ses tableaux, toute l'histoire de l'art. "Ogre" ou "cannibale", il mérite sa réputation.
Le parcours s'ouvre sur le panthéon artistique de Picasso. Dans la première salle sont accrochés quelques autoportraits des peintres qui furent ses maîtres, tels Goya, Greco, Poussin, Ingres, Delacroix ou Gauguin. On découvre également celui d'un certain José Ruiz Blasco : son père, professeur de dessin et peintre lui-même, qui abandonna, dit-on, sa palette devant le génie de son fils...
Les influences révélées par les confrontations
Le choix thématique - portraits, nus, natures mortes... - permet de bien comprendre les mécanismes de l'inspiration. Pablo ne copie pas, ne plagie pas, ne pastiche pas. Il s'approprie, recycle, réinvente, parfois en provoquant. Certains rapprochements entre ses tableaux et ceux de ses inspirateurs (Demoiselles des bords de Seine, de Manet, Les Menines, de Velazquez ou L'Enlèvement des Sabines, de Poussin) s'avèrent particulièrement explicites.
Mais les influences ne sont pas obligatoirement univoques. En réalisant les Amoureux, Picasso s'est rappelé, à la fois, la Nana, de Manet et le style naïf du Douanier Rousseau dont il collectionnait les oeuvres. Quelques confrontations ne parlent pourtant pas d'elles-mêmes. Et on regrette, à ce moment-là, le manque d'explications. Il faut ainsi lire le catalogue pour établir les liens entre le Saint François d'Assise dans sa tombe, de Zurbaran et l'Homme à la Guitare, exécuté par Picasso durant sa période cubiste.
Mais les moments de plaisir ne manquent pas. La salle des nus, qui clôt le parcours, est éblouissante. La rencontre historique entre l'Olympia, de Manet, l'une des icônes du musée d'Orsay, et l'érotique Maja Desnuda, de Goya, spécialement venue du Prado de Madrid, restera dans les annales car elle n'est pas près de se reproduire. On retrouve le petit chat noir qui se promène sur le lit d'Olympia dans une toile voisine de Picasso. Avec lui, joue une autre femme nue, tout aussi opulente mais pour le moins destructurée. Preuve que d'un siècle à l'autre, les tableaux continuent de vivre.
