Picasso
En 1932, le premier visiteur de la première exposition individuelle d'Alberto Giacometti à la galerie Pierre Colle est un certain Pablo Picasso. Peintres, dessinateurs et sculpteurs, ils ont aussi en commun d'avoir quitté leur pays d'origine pour Paris. Le Musée Picasso orchestre un rapprochement évident, et pourtant inédit, entre la production et le parcours des deux génies. A la galerie Pierre Colle, l'Espagnol admire La Boule suspendue, dont il reprend les formes dans ses compositions, notamment dans Femme assise dans un fauteuil rouge (1932).
"La grande proximité de leurs oeuvres est plus de l'ordre du dialogue que de l'influence", rappelle Catherine Grenier, commissaire de l'exposition et directrice de la Fondation Giacometti. Picasso montre ses dessins à son cadet, lui demande son avis. Devenus amis, ils parlent politique, réalisme et érotisme.
"Leur absence d'interdits les distingue des autres créateurs. Tous deux utilisent la symbolique sexuelle, mais dans des formes différentes." Les sculptures de Giacometti (La femme égorgée, Objet désagréable) sont aussi débridées que les peintures de Picasso. L'Espagnol demande à son confrère de réaliser son portrait sculpté. Il ne sera jamais fini.
Avec le départ du peintre pour le sud de la France en 1948, les contacts se font plus rares. Après quelques années, la rupture est définitive.
Giacometti
Alberto Giacometti arrive à Paris en 1922 pour suivre les cours de sculpture d'Antoine Bourdelle. Le Suisse a 21 ans, vingt de moins que Picasso, le plus célèbre des artistes d'avant-garde. Comme lui, Giacometti cherche de nouvelles solutions pour représenter la "vérité" dans un portrait.

Grande Femme assise, par Alberto Giacometti (1958).
© / FONDATION GIACOMETTI
A partir de 1925, il s'intéresse au cubisme et, comme son aîné, se passionne pour l'art africain. Dans ses carnets de croquis, redécouverts à l'occasion de cette fascinante exposition, il recopie soigneusement les oeuvres de l'Espagnol. Elles lui inspirent La Boule suspendue. La sculpture est présentée à la galerie Pierre Colle et le Suisse rapporte l'événement à ses parents: "Le premier à arriver fut Picasso qui vint à midi et demi! Il regarda et dit: 'très joli', comme un enfant..."
Naviguant dans les mêmes cercles, les deux hommes se rendent souvent visite dans leurs ateliers. "Il y a un rapport d'égal à égal, rappelle Catherine Grenier. Giacometti était très fier. Il n'aurait jamais toléré une liaison de maître à élève."
Leur relation artistique, amicale et intellectuelle résiste à la guerre, mais se détériore au début des années 1950. En 1957, Giacometti réalise le portrait d'Igor Stravinsky. La discussion glisse sur Picasso. Le Suisse lâche ce commentaire: "Il m'étonne comme un monstre." Dans sa bouche, malgré les tensions des dernières années, c'est un compliment
PICASSO-GIACOMETTI. Musée Picasso, Paris (IIIe). Jusqu'au 5 février 2017.
