C'est une vieille promesse qui symbolise les liens unissant la grande famille du capitalisme français. Bernard Arnault, le dirigeant du groupe de luxe LVMH, aurait juré, en 2003, de prendre soin d'Arnaud Lagardère à la mort de son père Jean-Luc, dont il était proche. Dix-sept ans plus tard, ce serment s'est transformé en acte. L'homme le plus riche de France a pris environ un quart du capital de la holding personnelle du dirigeant du groupe Lagardère, LCM, pour près de 100 millions d'euros. "J'ai reçu favorablement la proposition de nous associer à Arnaud [...]. Mon amitié avec Jean-Luc a lié nos familles et j'ai le plus grand respect pour le groupe qu'il a construit", indique le PDG de LVMH dans un communiqué.
Cette opération s'est menée rapidement et a été scellée vendredi dernier. "Il ne s'agit pas d'un partenariat d'affaires mais bien d'apporter un peu d'oxygène à Arnaud Lagardère", indique-t-on dans l'entourage de Bernard Arnault. Endetté à plus de 164 millions d'euros auprès du Crédit Agricole, l'héritier détient avec LCM, sa holding personnelle, 7,26% du groupe Lagardère coté en Bourse. Mais en réalité, son pouvoir de décision en tant que gérant est bien plus important dans cette entreprise opérant dans les médias (Europe 1, Paris Match, le Journal du Dimanche), l'édition (Hachette), et la distribution dans les gares et aéroports (Relay, Vino Volo, Aelia Duty Free...). L'empire est en pleine restructuration depuis plusieurs années. Il a cédé plusieurs chaînes de télévision l'an dernier (Gulli, Canal J ...), une grande partie de ses magazines (Elle, Télé 7 Jours, Ici Paris, France Dimanche...) et ses activités dans les droits sportifs.
Vivendi monte à 16,48% du capital
Des décisions contestées par le fonds activiste Amber Capital, très critique envers la gestion d'Arnaud Lagardère et de son conseil de surveillance. Il a demandé à nommer de nouveaux administrateurs lors de l'assemblée générale, début mai, pour peser sur les orientations futures. Sans succès.
Afin de contrecarrer cette exigence, Arnaud Lagardère avait pris les devants et mobilisé de grands noms du monde politique et du capitalisme français. L'ancien président Nicolas Sarkozy, l'ex PDG de la SNCF Guillaume Pepy mais aussi Vincent Bolloré - actionnaire à 16,48% via Vivendi depuis lundi 25 mai - et Marc Ladreit de Lacharrière (3,5% via Fimalac) ont tous répondu présent pour faire bloc.
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Mais le soutien a priori désintéressé de ces parrains du monde des affaires hexagonal interroge. Derrière les liens d'amitié, ne cherchent-ils pas à récupérer certaines activités de la société ? Dans une interview accordée aux Echos le 12 mai, Arnaud Lagardère indiquait s'opposer à tout démantèlement de son groupe. Il a toutefois ouvert une réflexion sur les salles de spectacle (Bataclan, Folies Bergère...) un domaine dans lequel Vivendi et Marc Ladreit de Lacharrière opèrent déjà.
La distribution et les médias pourraient intéresser Bernard Arnault pour renforcer la division DFS (propriétaire de boutiques dans 15 aéroports) de son groupe LVMH et de ses filiales dans la presse et la radio (Les Echos, Le Parisien, Radio Classique). Faire appel aux largesses de ces parrains pourrait aussi avoir un coût.
