"Une vidéo prouve que les modérateurs de contenus que vous employez ciblent particulièrement les prises de position conservatrices!" Matt Gaetz, membre du parti républicain, ne décolérait pas face à un Mark Zuckerberg imperturbable, venu répondre, comme tous les patrons des Gafam, aux questions de la commission judiciaire de la Chambre des représentants américains, le 29 juillet. Le fondateur de Facebook a bien sûr démenti, martelant que sa plateforme accueillait toutes les opinions.
Ce n'est pas la première fois qu'un représentant de la droite américaine reproche au réseau social de censurer sa famille politique. Et Donald Trump lui-même a, dans un tweet récent, accusé Facebook et Twitter de censure, les menaçant de représailles.
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Attaqué sur sa droite, Mark Zuckerberg pourrait au moins se dire qu'il est tranquille sur sa gauche. Mais dans le camp démocrate, de nombreuses voix l'accusent de ne pas lutter suffisamment contre la désinformation et les discours haineux... Ces critiques ont redoublé après la pandémie et la vague de manifestations antiracistes. En juin dernier, la décision du patron de Facebook de ne pas supprimer plusieurs messages de Donald Trump menaçant de recourir à la violence contre les manifestants qui s'adonneraient au pillage, a même suscité une grève virtuelle d'une partie des employés de la firme de Menlo Park.
Des demandes contradictoires venues de toutes parts
La question du rôle du réseau social suscite ainsi la controverse dans ses propres murs. Une partie des salariés souhaite, à l'instar de Zuckerberg, que Facebook soit une plateforme aussi neutre et pluraliste que possible, et refuse toute intervention dans le débat public. L'autre veut, au contraire, que Facebook intervienne et se charge de censurer davantage les contenus.
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Cette dernière a pris du poids début juillet, après que plusieurs multinationales, dont Volkswagen, Heineken, SAP ou encore Pepsi, ont décidé de boycotter la plateforme jusqu'à nouvel ordre, estimant justement qu'elle n'en fait pas assez contre les discours de haine, en plein mouvement Black Lives Matter. Pour ces marques, le combat relève aussi du pur intérêt marketing : elles craignent en effet de voir leurs publicités apparaître à côté de contenus douteux. Verizon a ainsi décidé de boycotter Facebook, en juin, après qu'un de ses encarts fut apparu à côté d'un article conspirationniste.
Pour apaiser la grogne, Facebook s'est notamment engagé à recruter un dirigeant de haut niveau ayant de l'expérience dans la lutte contre le racisme. Cette annonce a satisfait certaines entreprises, mais d'autres ont poursuivi le boycott et exigent que le réseau social aille encore plus loin. Contraint de composer avec des demandes contradictoires de toutes parts, Mark Zuckerberg navigue plus que jamais dans des eaux agitées.
