Au large de l'archipel des Galapagos, classé au patrimoine naturel de l'humanité, la présence de centaines de bateaux de pêche inquiète la communauté scientifique et les gouvernements locaux. Au début de l'été, une ONG de défense de l'environnement alertait en effet sur les risques pour cette réserve marine exceptionnelle qui compte plus de 2900 espèces et un sanctuaire de 38 000 km2 que faisaient peser les quelque 300 navires battant pavillon chinois présents dans cette zone. Cette découverte avait suscité l'indignation du gouvernement équatorien qui avait exprimé fin juillet son "malaise" à Pékin et demandé aux embarcations concernées de se tenir à distance de cette aire marine protégée.

La flotte géante a enregistré, selon un récent rapport de l'ONG Oceana, plus de 7300 heures de pêche en seulement un mois, soit 99% de l'activité de pêche enregistrée dans cette zone sur la période. Les navires ont ainsi extrait des milliers de tonnes de calmars et de poissons dans cette aire marine protégée connue pour ses tortues géantes. Les données partagées par Oceana ne couvrent "que la partie émergée de l'iceberg" puisqu'ils ne prennent en compte l'activité de cette armada qu'entre le 13 juillet et le 13 août derniers. Par ailleurs, pour arriver au chiffre de 300 bateaux, l'ONG s'est basée sur l'AIS (Automatic Identification System), un système qui permet de visualiser sur un écran toutes les informations du navire qui émet. "Seulement, l'utilisation de l'AIS n'est pas obligatoire en haute mer donc il est toujours possible qu'il y ait beaucoup plus de navires qui n'ont pas pu être détectés à l'aide de cette technique", indique à L'Express le Dr Marla Valentine, analyste pour l'ONG Oceana.

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"Pendant plusieurs mois, le monde a regardé et s'est demandé ce que faisait cette énorme flotte de pêche chinoise au large des îles Galápagos , mais maintenant nous le savons", a-t-elle encore déclaré. "La plupart des navires étaient enregistrés comme spécialisés dans la pêche au calmar. Les autres sont des palangriers, des chalutiers ou tout autre navire de pêche", poursuit la chercheuse. Or, la pêche massive au calmar a un impact non négligeable sur l''écosystème fragile des Galapagos. "Cet effort de pêche massif et continu de la flotte chinoise menace les îles Galapagos, les espèces rares qui n'y habitent et tous ceux qui en dépendent pour leur nourriture et leurs moyens de subsistance, note le Dr Marla Valentine. Le calmar est une proie essentielle pour de nombreuses espèces aux Galapagos, comme les otaries à fourrure ou les requins-marteaux, déjà en voie de disparition". Mais d'autres espèces de poissons commerciales telles que le thon et les marlins, qui contribuent fortement à l'économie locale, sont également pêchés par les navires chinois, selon le rapport.

Une activité illégale ?

Si la présence de cette flotte a provoqué l'ire de l'Equateur, la pêche dans cette zone, qui se trouve dans les eaux internationales, "n'est pourtant pas illégale", pointe le Dr Marla Valentine. "Mais il y a une ligne fine entre ce qui est légal et ce qui est durable et responsable", ajoute-t-elle. Les analystes ont également constaté que certains navires avaient désactivé leurs dispositifs de repérage publics, une mesure utilisée pour faciliter les activités illicites.

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Selon le rapport, les opérations de pêche de masse ont enfreint les réglementations de pêche mises en oeuvre par les autorités chinoises en avril, qui visent à réduire les opérations de pêche illégales et à promouvoir des pratiques de pêche "durables" et "transparentes".

La réserve marine des Galapagos, d'une exceptionnelle diversité, a inspiré sa théorie de l'évolution au naturaliste anglais Charles Darwin (1809-1882). C'est une oasis pour la biodiversité océanique avec plus de 20% de ses espèces marines que l'on ne trouve nulle part ailleurs sur terre.

La Chine pointée du doigt

Face au tollé provoqué par la révélation de cette flotte géante, le gouvernement chinois avait décidé dès le 6 août d'interdire la pêche près de l'archipel des Galapagos, sous souveraineté de l'Equateur, "de septembre à novembre de cette année". Toutefois, si la majorité de la flotte a effectivement quitté la zone, l'ONG Oceana dénonce la présence de "quelques navires" toujours présents. Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, fervent critique de Pékin, avait également apporté son soutien à l'Equateur. Il avait appelé la Chine à avoir "une meilleure gestion de l'environnement".

Des propos fustigés à l'époque par Wang Wenbin, qui a dénoncé des "propos irresponsables". "Je voudrais rappeler aux responsables américains que les Etats-Unis n'ont pas ratifié la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, et ne sont de ce fait nullement qualifiés pour émettre des critiques injustifées", a-t-il déclaré. La Chine est classée comme le pire pays du monde dans un indice de pêche INN 2019 . Sa flotte, de loin la plus importante au monde , est régulièrement impliquée dans la surpêche, le ciblage d'espèces de requins en voie de disparition, l'intrusion illégale de juridiction, les faux permis et documents de capture et le travail forcé.

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"La situation qui se joue aux Galápagos devrait soulever de sérieuses questions et inquiétudes quant à l'impact de la flotte de pêche massive de la Chine sur les océans qu'elle navigue", a déclaré le Dr Marla Valentine. "Je pense que toutes les nations devraient revoir leurs propres politiques concernant leurs flottes hauturières et veiller à ce que ces activités de pêche soient bien gérées et durables. Exiger que tous les navires aient leur AIS activé pendant tout leur voyage augmenterait la transparence de ces flottes", poursuit-elle.

Sur les quelque 300 navires de pêche détectés dès le début du mois de juin dans la zone, une dizaine ne battait pas pavillon chinois au cours du mois analysé par Oceana. "Sept de ces navires étaient des thoniers senneurs battant pavillon équatorien, un autre battait pavillon bélizien, un autre battait pavillon taïwanais et enfin un palangrier battait pavillon espagnol. Ces dix navires semblent avoir passé un total de 775 heures à pêcher au cours du même mois", révèle le Dr Marla Valentine.