La pollution aux hydrocarbures a déjà entraîné la fermeture de plusieurs plages de l'Est de la Corse. Mais, malgré le déclenchement du dispositif Polmar samedi, les conséquences du dégazage illégal d'un navire, vraisemblablement au cours de la semaine dernière au large de l'Ile de Beauté, pourraient ne pas s'arrêter là.
Les gendarmes sont intervenus lundi soir pour évacuer une nouvelle plage, celle de Targo située sur la commune de Conca, plus au sud, où des galettes noires étaient encore visibles mardi matin d'après BFMTV. Quelques kilomètres plus bas, la ville de Porto-Vecchio a également décidé de fermer l'accès à ses plages et interdire la baignade, relaye par ailleurs la chaîne d'info.
Plusieurs tonnes d'hydrocarbures ont déjà été récupérées dans le week-end. Et "des micro-boulettes, très éparses et de plus en plus fines ont été observées par moyens aériens", a indiqué lundi soir la capitaine de frégate Christine Ribbe, porte-parole de la préfecture maritime de Méditerranée.
En dehors de la surveillance - au moyen de deux hélicoptères de la sécurité civile et de la gendarmerie, d'un avion de la marine nationale et de pas moins de cinq bateaux - et du nettoyage des zones touchées, les autorités souhaitent surtout mettre la main sur le responsable de ce dégazage. De nombreux moyens sont mis en place depuis ce week-end afin de retracer les évènements et remonter jusqu'au coupable. Une enquête a été ouverte par le parquet de Marseille, compétent pour les affaires de pollution maritime sur le littoral méditerranéen français.
Une équipe de militaires dédiée à la tâche
Selon le parquet, "un certain nombre de navires suspects" ont déjà été identifiés et des "vérifications sont en cours". La tâche n'en reste pas moins délicate. "Il faut essayer de reconstituer le film des évènements et les premières heures sont très importantes pour recueillir un maximum d'informations. C'est pourquoi nous avons immédiatement engagé onze militaires spécifiquement sur cette enquête", indique à l'AFP le colonel Jean-Guillaume Remy, patron de la gendarmerie maritime chargée de l'enquête.
"On a commencé par effectuer des prélèvements d'hydrocarbures qui pourront être utilisés pour des comparaisons avec ceux des navires suspects, même si ce n'est pas aussi fiable qu'une empreinte ADN. Cela peut cependant constituer un élément de preuve, précise-t-il. On effectue ensuite des 'études de dérives' avec Météo-France et des organismes spécialisés dans la lutte contre la pollution pour définir, grâce à des modèles, l'espace-temps dans lequel le dégazage a eu lieu. On cherche ensuite à analyser ce qu'on appelle l'état de surface, c'est-à-dire à identifier quels étaient les navires qui étaient présents sur la zone dans l'espace-temps retenu."
Les militaires agissent ensuite en entonnoir, en resserrant petit à petit l'étau. "La France dispose du système de surveillance Spationav qui regroupe les données recueillies par les avions de la Marine nationale, de sémaphores, des enregistrements de balises ou encore des données de satellites. A cela s'ajoutent les moyens de surveillance de l'Agence de sauvegarde maritime européenne, basée à Lisbonne", liste Jean-Guillaume Remy sur les premiers moyens d'identifier le navire responsable. "Une fois identifiés les navires qui étaient dans la zone, on sélectionne ceux qui pourraient, par leur capacité, être potentiellement à l'origine de la pollution."
Inévitablement, un coupable pourrait être trouvé dans les jours et semaines à venir. "Si le navire identifié est français, les auditions seront réalisés par la gendarmerie maritime. S'il s'agit de navires dans des ports étrangers, la juridiction spécialisée de Marseille sous l'autorité du procureur, pourra demander une entraide internationale." L'amende pourrait être salée : de 50 000 euros jusqu'à 10 millions, selon le type de bateau.
