C'est un phénomène de plus en fréquent depuis quelques années sur les côtes françaises : la mer verte, et même carrément vert fluo. Il touche particulièrement le littoral atlantique, de La Baule (Loire-Atlantique) à Vannes (Morbihan). La coloration visible à l'oeil nu de ces eaux est provoquée par la prolifération d'une algue microscopique d'environ 20 µm appelée Lepidodinium chlorophorum, décrit l'Ifremer sur son site.

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Ces microalgues vertes sont sans danger pour la santé humaine, contrairement aux algues vertes. "Mais un peu comme les algues vertes, elles peuvent se déposer en nappe sur les plages et dégager une petite odeur désagréable", note auprès du Parisien Mathilde Schapira, chercheuse à l'Ifremer au laboratoire environnement ressources Morbihan Pays de la Loire et responsable du projet Lepido-pen. Ce projet a notamment pour but de "dresser un état des lieux exhaustif des phénomènes d'eaux colorées rencontrés par les professionnels et de leurs impacts lors des dernières années, d'identifier les principaux facteurs environnementaux contrôlant la formation des eaux colorées vertes le long du littoral ligérien", peut-on lire sur le site de l'institut.

Ces microalgues vertes sont encore très peu étudiées. "Elle a beau être une microalgue assez commune, on en connaît encore mal la physiologie et l'écologie. On sait seulement qu'elle apprécie plutôt une mer assez calme et qu'il y en a également sur les côtes du Chili et d'Australie", explique Mathilde Schapira auprès du Parisien. "Certains étés, elle est présente, mais pas dans des proportions énormes et puis, durant d'autres périodes estivales, c'est l'emballement, elle se met à proliférer. Pourquoi ? Quels sont les facteurs qui suscitent ces blooms ? (mot anglais désignant cette prolifération de microalgues pouvant donner une couleur si particulière à la mer) C'est ce que l'on cherche à comprendre, de même que l'on aimerait pouvoir mieux prédire où et quand le phénomène d'eaux vertes peut survenir", détaille la chercheuse.

Des décès de poissons et de bivalves provoqués par ces microalgues ?

Ces microalgues sont soupçonnées d'engendrer des mortalités massives de poissons et de bivalves comme les huîtres le long du littoral Atlantique, et sont donc considérées comme nuisibles. En 2018, des mortalités de moules et d'huîtres ont ainsi été reportées sur différents secteurs de Loire-Atlantique et du Morbihan, alors que des eaux colorées vertes à Lepidodinium chlorophorum ont été observées sur ces mêmes zones, relate l'Ifremer. Ces microalgues sont connues pour produire une grande quantité de mucus qui augmente la viscosité de l'eau de mer et le développement bactérien.

Moules recouvertes d'une substance visqueuse.

Moules recouvertes d'une substance visqueuse.

© / Ifremer/Michaël Retho

Pour les scientifiques, l'augmentation de la viscosité de l'eau de mer pourrait boucher les branchies des coquillages et nuire à leur respiration.

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Le projet Lepido-pen pourrait mettre en évidence les facteurs environnementaux qui favorisent la prolifération de ce phytoplancton sur la zone allant de la Loire-Atlantique au Morbihan, et à comprendre la production et la composition du mucus produit afin d'évaluer son potentiel impact sur la croissance et la mortalité des huîtres. "Ces premiers éléments de compréhension sont indispensables pour pouvoir envisager par la suite la construction de futurs outils prédictifs et la mise en place de stratégies en cas d'efflorescences pour en minorer les conséquences sur les productions aquacoles locales", souligne sur le site de l'établissement public Mathilde Schapira.

La "chasseuse de blooms" invite tous ceux qui constateraient, en mer ou depuis les côtes, l'apparition de ces eaux vertes à le signaler sur le site Web ou l'application de science participative Phenomer de l'Ifremer. C'est le sens de "l'appel à la mobilisation citoyenne pour mieux comprendre l'impact des eaux colorées vertes du littoral" lancé par l'Ifremer sur son site. "Ces phénomènes ne s'annoncent pas, ils sont parfois très fugaces et localisés, explique-t-elle auprès du Parisien. Qu'importe, l'essentiel est de nous alerter afin que nous puissions mieux les référencer et en comprendre le fonctionnement".