[Mise à jour le 2 novembre : Pyongyang a effectué, ce mercredi, au moins 23 tirs de missiles, dont l'un est tombé près des eaux territoriales sud-coréennes, ce qui a amené Séoul à riposter avec trois missiles air-sol. Peu après, la Corée du Nord a procédé à 100 tirs d'artillerie vers une "zone tampon" maritime, selon la Corée du Sud.]

Sur la plupart des photos diffusées par l'agence officielle KCNA, le jeune dictateur apparaît en veste blanche immaculée et pantalon noir. Une soirée de gala ? Pas vraiment. Sur l'une, Kim Jong-un est posté en haut d'une colline, l'air pensif, tandis que le décollage d'un missile déchire la lueur rosée de l'aube. Sur une autre, on le voit de dos observer un tir qui éclaire la nuit noire. Sur une troisième, des officiers concentrés prennent docilement en note la parole de leur "commandant suprême".

Kim Jong-un a personnellement supervisé des manoeuvres de simulations "d'opérations nucléaires tactiques" entre le 25 septembre et le 9 octobre, a précisé l'agence officielle KCNA . Pendant cette période, le régime communiste a multiplié les tirs de missiles balistiques (huit), dont un a survolé le Japon. Surtout, un septième essai nucléaire serait en préparation. Les services de renseignements sud-coréens l'attendent avant les élections de mi-mandat, le 8 novembre aux Etats-Unis : un moyen de se rappeler au bon souvenir de Joe Biden...

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Pourquoi la Corée du Nord enchaîne-t-elle ces "provocations", dénoncées par Washington, Séoul ou Tokyo ? "Dans le passé, la Corée du Nord faisait monter la pression pour peser dans les négociations ou obtenir la reconnaissance des Etats-Unis en tant qu'Etat nucléaire, voire une levée des sanctions, juge Go Myong-hyun, de l'Institut Asan d'études politiques. Cette fois, Pyongyang semble juste chercher à montrer sa puissance au monde." "La Corée du Nord profite de la distraction causée par la guerre en Europe pour consolider son statut d'Etat doté d'armes nucléaires pouvant cibler le territoire américain. Kim Jong-un voit probablement un avantage à compliquer la tâche de l'administration Biden, déjà bien occupée avec les menaces nucléaires de Vladimir Poutine et les exercices militaires de Xi Jinping autour de Taïwan", estime pour sa part le Centre d'études internationales et stratégiques (CSIS).

"Pyongyang a pris confiance dans son armement"

Pyongyang souhaite probablement aussi "répondre au renforcement par Séoul de ses capacités de dissuasion avec les Etats-Unis", analyse de son côté Hong Min, de l'Institut coréen pour l'unification nationale. Elu en mars sur la promesse de durcir le ton face à Pyongyang et de rompre avec la politique de rapprochement de son prédécesseur, le progressiste Moon Jae-in (2017-2022), Yoon Seok-youl, le nouveau président, conservateur, a relancé les manoeuvres à grande échelle avec les Américains, que la Corée du Nord considère comme une préparation à l'invasion de son territoire. Ces exercices, menés fin août et baptisés "Ulchi Freedom Shield", ont été cette année d'une ampleur jamais vue depuis 2017, quand les tensions dans la péninsule avaient atteint leur paroxysme. Yoon a aussi évoqué un renforcement de la "dissuasion élargie" avec les Etats-Unis en cas de nouvel essai nucléaire nord-coréen. Et la Corée du Sud n'a pas hésité à répliquer à Pyongyang par ses propres tirs de missiles.

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De quoi alimenter une escalade. Autre signe alarmant, le 24 octobre, l'armée sud-coréenne a tiré des coups de semonce à l'attention d'un navire du Nord, estimant que celui-ci avait franchi la frontière maritime en mer Jaune - au tracé disputé depuis la Guerre de Corée (1950-1953)."Pyongyang a pris confiance dans son armement. Contrairement à ce qu'on a vu par le passé, il n'y aura pas de répit si les deux parties continuent à faire monter la tension", s'inquiète le chercheur Hong Min. De fait, souligne KCNA, Pyongyang n'a "rien à discuter avec l'ennemi. Nous ne ressentons aucune nécessité d'entamer des pourparlers." Le dialogue est au point mort depuis l'échec du sommet de 2019 entre Kim Jong-un et le président américain, Donald Trump.

La sérénité affichée par l'héritier de la dynastie communiste, protégé par Moscou et Pékin, est renforcée par la relative impunité dont il bénéficie depuis le début de la guerre en Ukraine. Il faut dire que la Corée du Nord fut l'un des trois pays au monde, avec la Syrie et la Russie, à reconnaître l'annexion de provinces ukrainiennes par Poutine. Réciproquement, Moscou, qui serait prêt à acheter des stocks nord-coréens de munitions, ne compte pas voter de nouvelles sanctions à l'ONU contre Pyongyang et pourrait même cesser d'appliquer celles en vigueur. La Chine, en froid avec Washington et premier soutien économique et diplomatique de Pyongyang, pourrait adopter la même attitude. Même si elle ne goûte guère les essais nucléaires nord-coréens...