Le 25 avril dernier, Kim Jong-un, vêtu de blanc, était acclamé par des milliers de Nord-Coréens lors des célébrations du 90ème anniversaire de la création de l'armée populaire nord coréenne. Officiellement, le pays était toujours l'un des seuls au monde à être épargné par la pandémie de Covid 109. Deux semaines plus tard, le 12 mai, le "leader suprême" apparaît publiquement avec un masque, et déclare le confinement généralisé du territoire après la découverte du variant Omicron à Pyongyang. Les premiers morts sont annoncés le lendemain par les médias d'Etat.

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Une "maladie maligne" a provoqué "un grand bouleversement" dans le pays, a admis Kim Jong. Si les autorités rechignent à prononcer le nom du Covid 19, l'agence officielle KCNA a reconnu le dimanche 19 mai que 820.620 souffraient de la "fièvre" (dont au moins 324.550 sont sous traitement médical) et que 42 personnes en étaient mortes. Sans capacité de dépistage suffisante, impossible d'évaluer précisément la situation sanitaire, mais ces estimations laissent penser que le coronavirus pourrait se propager rapidement au sein d'une population aussi fragile que le système de santé public nord-coréen.

"Dès fin avril, des gens souffraient de fièvre, alors qu'il y avait une vague épidémique de grande ampleur chez le voisin chinois, souligne Cheong Seong-chang, directeur du centre pour les études nord-coréennes à l'institut Sejong de Séoul. Mais la Corée du Nord était trop confiante sur sa capacité à résister au virus : durant la parade beaucoup de personnes étaient mobilisées, ce qui a dû contribuer à répandre le virus rapidement."

Les campagnes encore plus en danger

"La pauvreté, l'absence de vaccins et le manque de ressources chroniques font que la population sur place court un risque plus élevé face au virus, alerte Sokeel Park, dirigeant en Corée du Sud de l'ONG Liberty in North Korea. Sans lits de réanimation ou médicaments, le système de santé est également incapable de soigner les plus vulnérables."

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La situation sanitaire est inquiétante pour les 2.5 millions d'habitants de Pyongyang déjà confinés depuis le 10 mai selon le site spécialisé NK news. Mais les habitants des campagnes semblent bien plus en danger. "Il existe des carences énormes en formation comme en moyens, explique un humanitaire coutumier des missions au Nord. L'écart entre la capitale et le reste du pays est énorme sur tous les plans."

En dehors des grandes villes, un confinement semble d'ailleurs impossible. "S'ils ferment tous les marchés à la campagne, comment les gens peuvent-ils manger ? Les deux tiers des ressources alimentaires de base viennent des marchés, rappelle Andrei Lankov, professeur à l'université Kookmin de Séoul. Sans compter que la Corée du Nord traverse actuellement une période clé, celle du repiquage du riz : difficile donc d'isoler complètement les travailleurs agricoles. Jeudi, l'agence américaine Associated Press rapportait d'ailleurs avoir pu constater que des agriculteurs étaient au travail à l'extérieur.

Famine de masse ou vague épidémique meurtrière : l'équation semble insoluble pour le régime. Aussi stricte que sera la politique zéro covid nord-coréen, l'exemple chinois démontre que les restrictions ne sont pas suffisantes pour stopper le variant Omicron, plus contagieux. Sans traitement ou vaccins pour limiter la létalité du virus, la Corée du Nord ne peut que repousser le pic de l'épidémie et la catastrophe humanitaire qui risque de l'accompagner.

La question de l'aide étrangère

"Le fait qu'ils communiquent ouvertement en montrant que la situation est grave peut être interprété comme un signe qu'ils recherchent de l'aide étrangère, analyse Andrei Lankov, Ils ne sont probablement pas à la recherche de quelques millions de doses, mais de la quantité nécessaire pour vacciner les 25.7 millions d'habitants. Sinovac et AstraZeneca proposés respectivement par la Chine et le mécanisme international Covax ont été refusés par la Corée du Nord depuis le début de l'épidémie. Les vaccins Pfizer BioNTech et Moderna seraient une option, mais sans système de réfrigération, impossible d'acheminer 50 millions de doses en Corée du Nord. Cela supposerait donc une intervention internationale et une présence de travailleurs étrangers sur le territoire nord-coréen : difficile à imaginer dans les circonstances actuelles.

Le nouveau Président sud-coréen Yoon Suk-yeol, plutôt connu pour son hostilité à l'égard de Pyongyang, a fait savoir que son pays était prêt à aider le voisin sur le front vaccinal. Mais cette offre pourra-t-elle tenir face à la dégradation de la situation sécuritaire entre les frères ennemis ? "Tous les signes montrent que les Nord-Coréens vont effectuer prochainement leur 7e essai nucléaire, affirme le professeur Sung-wook Nam, ancien analyste pour les services de renseignements sud-coréen. Les images satellitaires récentes attestent de la probabilité de ce qui serait vécu comme une provocation majeure par Séoul comme à Washington. "Quand le peuple est déprimé, le régime a besoin d'un événement sensationnel pour stimuler la ferveur patriotique" pointe de son côté Cheong Seong-chang. Une carte que semble prête à jouer un régime visiblement plus préoccupé par sa survie que par celle de ses habitants.