En janvier, les semaines passent et se ressemblent étrangement. Du moins pour la Corée du Nord. Le régime de Kim Jong-un a procédé, jeudi, à son sixième tir d'essai de missiles depuis le début de l'année, selon les chefs d'état-major interarmées de Corée du Sud. Les précédents tirs - deux essais de missiles de croisière - datent de mardi. La Corée du Nord a par ailleurs fait savoir qu'elle avait testé des missiles hypersoniques (les 5 et 11 janvier) et balistiques (14 et 17 janvier). La dernière fois que le pays avait autant montré les muscles en un mois, c'était en 2019, après l'échec des négociations entre Kim Jong-un et Donald Trump, alors président des Etats-Unis.

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Dans la foulée de l'annonce des tirs de missiles présentés comme hypersoniques - dont les cibles et trajectoires peuvent être modifiées en vol -, Washington avait imposé de nouvelles sanctions financières contre cinq ressortissants nord-coréens.

Ces nouveaux tests de Pyongyang seraient interprétés comme une réponse aux sanctions états-uniennes, dans le but de "faire diminuer les sanctions", analyse Pierre Rigoulot, historien et auteur de Pour en finir avec la Corée du Nord (2018, Ed. Buchet-Chastel). Le tout dans un contexte régional particulier : la Chine, un interlocuteur du régime nord-coréen, accueille les Jeux olympiques d'hiver en février, et la Corée du Sud doit élire son président début mars.

L'Express : Comment expliquer ce regain de tirs de missiles de la part de la Corée du Nord ?

Pierre Rigoulot : Je n'ai pas d'explication précise à cette accélération assez brutale par rapport aux mois précédents. Mais cela fait partie d'une progression générale qui se poursuit depuis plusieurs années, avec des périodes plus intenses et d'autres, par ailleurs, plus calmes. Ces essais peuvent être interprétés comme une méthode nord-coréenne - celle de montrer les muscles - pour faire diminuer les sanctions. Pour prouver qu'elles n'ont pas les effets attendus, puisque la Corée du Nord produit encore, augmente sa capacité balistique. Et que, de fait, cette dernière pèsera plus lourd lors des négociations.

Ces essais permettent-ils au régime de mobiliser sa population dans un contexte de pénurie alimentaire ou, justement, de ramener les Etats-Unis à la table des négociations ? Ou les deux ?

La Corée du Nord est dans une sorte de mécanique déjà rencontrée auparavant avec d'autres petits Etats totalitaires, qui s'armaient de pieds en cap pour avoir de quoi repousser tous les agresseurs possibles, mais dont le régime a fini par tomber de l'intérieur. Il y a une double logique : on ne sait pas comment nourrir sa population mais on sait très bien construire des armes. Je ne suis pas sûr que la population ait son mot à dire sur le développement des missiles, qui ne va pas permettre de régler le problème alimentaire, dont l'origine vient de la nature même du régime, de sa façon de voir le monde. Donc il s'agirait plutôt d'avoir un effet sur les négociations avec les Etats-Unis, si tant est qu'elles soient bien interrompues. Les Etats-Unis souhaitent que la Corée du Nord en finisse avec son arsenal nucléaire ; la Corée du Nord, dont le point de vue est très éloigné sur la question, rechercherait plutôt une diminution des sanctions.

Peut-on s'attendre à d'autres essais nord-coréens prochainement ?

C'est une machine en place, avec sa logique, et je ne vois mal comment on pourrait l'arrêter. On semble dire qu'il y pourrait y avoir une "trêve des artilleurs" : que ni les Russes à propos de l'Ukraine ni les Nord-coréens avec leurs missiles ne feront rien pour embêter la Chine qui accueille les Jeux olympiques d'hiver. Je ne suis pas sûr que ce soit vrai. Difficile d'affirmer quoi que ce soit avec un régime claquemuré derrière des murs épais.