Plus que jamais de nos jours, la défense de la démocratie se joue dans le cyberespace. A un peu plus de deux semaines des élections législatives allemandes, à l'issue desquelles la chancelière Angela Merkel se retirera du pouvoir, Berlin alerte sur des soupçons de cyberespionnage russe.
"Je peux confirmer que nous avons ouvert une enquête sur un soupçon d'activité de services de renseignements étrangers", a indiqué à l'AFP un porte-parole du parquet berlinois. Ce dernier était interrogé sur des accusations portées en début de semaine par le gouvernement allemand contre les services secrets russes concernant des attaques de "phishing" visant des parlementaires allemands. Les attaques auraient visé particulièrement les conservateurs de la chancelière et son allié au gouvernement, le parti social-démocrate (SPD), au coude-à-coude dans les sondages.
Les autorités suspectent le groupe "Ghostwriter", spécialiste présumé de la diffusion de fausses informations dans de nombreux pays, à la solde des services de renseignement russes GRU.
Selon Der Spiegel, qui a révélé l'affaire dès mars, les hackers ont tenté depuis des mois d'accéder aux comptes e-mail privés de députés nationaux et régionaux, et dans certains cas avec succès. Ils auraient imité l'adresse email de personnes en qui les élus avaient confiance pour mieux les piéger, avec l'objectif d'obtenir un accès illimité aux courriels des élus et d'espionner les principaux décisionnaires du pays.
Angela Merkel déjà piratée
L'Union européenne et les Etats-Unis ont régulièrement accusé la Russie de tentative d'immixtion dans des élections démocratiques nationales, ce que le Kremlin a toujours réfuté. Mais en Allemagne, les affaires d'espionnage dans lesquelles la responsabilité du Kremlin est pointée du doigt sont légion depuis plusieurs années.
La Russie avait été accusée d'un piratage informatique à grande échelle qui a visé en 2015 les ordinateurs du Bundestag et les services d'Angela Merkel. La dirigeante avait affirmé, en 2020, en détenir les preuves.
Tout récemment, un employé de l'ambassade du Royaume-Uni à Berlin a été arrêté en juillet sur des soupçons d'espionnage. Fin juin, c'est un scientifique russe travaillant dans une université allemande qui a été appréhendé pour les mêmes raisons.
Depuis février, la justice allemande accuse par ailleurs un Allemand d'avoir transmis des données sur la Chambre des députés à la Russie. Le suspect travaillait pour une entreprise mandatée à plusieurs reprises par le Bundestag pour y effectuer des contrôles de ses ordinateurs portables.
Ces affaires sont survenues en dépit de la politique de dialogue et de coopération avec Moscou qu'Angela Merkel a menée envers et contre tout durant ses années à la chancellerie, quitte à envenimer les relations entre l'Allemagne et les Etats-Unis. Ainsi Moscou et Berlin ont défendu contre vents et marées leur projet controversé de gazoduc, Nord Stream 2, qui va relier les deux pays, en dépit des critiques des Etats-Unis.
Seule la tentative d'empoisonnement de l'opposant Alexeï Navalny en août 2020 - par la suite soigné en Allemagne - dont Moscou est rendu responsable par les Occidentaux, a le plus contribué à envenimer les relations germano-russes.
