Dans le ciel, la Corée du Nord avance ses pions. Le pays dirigé d'une main de fer par Kim Jong-un a affirmé avoir testé cette semaine avec succès un missile planeur hypersonique. Si cette information était confirmée, il s'agirait d'une avancée technologique majeure qui pourrait peser sur l'équilibre stratégique. Dans la foulée de cette annonce, le Conseil de sécurité de l'ONU a organisé une réunion d'urgence, ce jeudi, à la demande des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni.
Les informations sont maigres sur l'engin tiré par l'armée nord-coréenne : pour l'instant, Séoul n'a pas confirmé de quel type de missile il s'agissait. L'armée sud-coréenne n'a pas précisé l'altitude maximale atteinte ni la distance de vol, ce qu'elle fait habituellement. Les médias citant des sources anonymes affirment que le missile a atteint une hauteur d'environ 60 km et a volé sur moins de 200 km, mais n'ont pas donné d'informations sur sa vitesse, une variable cruciale. En effet, le missile hypersonique doit être capable d'atteindre une vitesse au moins cinq fois supérieure à la vitesse du son (Mach 5), soit plus de 6100 km/h. Ils peuvent également manoeuvrer en plein vol, ce qui les rend beaucoup plus difficiles à suivre et à intercepter que les projectiles traditionnels. Leur temps de vol étant réduit, cela diminue la probabilité de pouvoir les intercepter. Certains modèles peuvent transporter des ogives conventionnelles ou des ogives nucléaires.
L'agence de presse officielle nord-coréenne KCNA a affirmé que l'essai a "confirmé le contrôle de la navigation et la stabilité du missile" et "la manoeuvrabilité de son système de guidage et les caractéristiques de vol plané de l'ogive hypersonique détachée".
Course à l'armement
Sur le plan international, très peu de pays possèdent cet objet militaire convoité. Actuellement, la Russie est considérée comme le leader mondial dans cette technologie. Elle développe une gamme de nouvelles armes hypersoniques que le président Vladimir Poutine a qualifiées d'"invincibles". En juillet, elle a testé avec succès le Zircon, un missile hypersonique lancé depuis un navire qui peut atteindre jusqu'à sept fois la vitesse du son.
D'autres pays cherchent à rattraper leur retard : Washington consacre des milliards de dollars à plusieurs programmes de recherche et a déclaré cette semaine avoir testé avec succès un missile hypersonique à lanceur aérien construit par Raytheon qui a atteint une vitesse "supérieure à Mach 5". La Chine a également testé des planeurs hypersoniques, selon le Congressional Research Service (service de recherches du Congrès) américain, qui affirme que les systèmes hypersoniques russes et chinois sont conçus pour être dotés d'armes nucléaires. Les détails disponibles étant encore limités, il est pour l'instant difficile de savoir si la Corée du Nord vient s'ajouter à cette liste.
Le chef d'état-major des armées de Séoul a déclaré que le projectile était "dans une phase initiale de développement et que son déploiement prendrait un temps considérable", ajoutant que les armées sud-coréenne et américaine étaient "capables de le détecter et de l'intercepter". L'agence de presse sud-coréenne Yonhap a suggéré, sans citer de sources, qu'il avait atteint Mach 3. Le tir de ce missile s'inscrit dans le contexte d'une course à l'armement que la Corée du Nord a entamé depuis les années 50. Quelques minutes après le tir, l'ambassadeur nord-coréen auprès de l'ONU, Kim Song, avait déclaré, alors qu'il prononçait le discours de la Corée du Nord lors de l'Assemblée générale annuelle de l'ONU que son pays avait un "droit légitime" de tester des armes et de "renforcer (ses) capacités de défense".
Que changerait, sur l'échiquier mondial, la détention par Pyongyang de ce type de missile ? Certains experts estiment que les armes hypersoniques n'auraient que des avantages limités. Mais si la Corée du Nord poursuit l'essai de cette semaine pour développer pleinement la technologie hypersonique, "cela constituerait une menace militaire importante", a déclaré Cheong Seong-Chang, directeur du Centre d'études sur la Corée du Nord à l'Institut Sejong. "Il est raisonnable de supposer que le Nord développe ce missile en pensant aux États-Unis", a-t-il déclaré à l'AFP, ajoutant que cela pourrait peser dans de futures discussions avec Washington." S'il est développé en longue portée, il n'y a aucun pays sur terre, y compris les Etats-Unis, qui puisse intercepter un tel missile à grande vitesse".
