Une attaque "de la plus grande intensité". Les mots du ministre monténégrin de la Fonction publique, Maras Dukaj, désigne la cyberattaque dont le Monténégro a été victime, samedi 27 août. Certains responsables monténégrins y voient la main de la Russie, même si le Premier ministre reste prudent sur l'origine de cet acte. De son côté, la France va apporter son expertise en matière de cybersécurité aux institutions gouvernementales du Monténégro, à la demande de ce pays membre de l'Otan visé par une importante attaque informatique d'institutions gouvernementales.

Que s'est-il passé ?

Des institutions gouvernementales du Monténégro ont été visées, samedi, et depuis la veille par une importante attaque informatique et certains responsables y voient la main de la Russie, même si le Premier ministre reste prudent sur l'origine de cet acte.

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Il s'agit de la deuxième cyberattaque en une semaine, après une première vague ayant frappé des institutions de ce pays de 620 000 habitants et membre de l'Otan, dans la foulée d'une motion de censure qui a renversé le 19 août son gouvernement et "aggravé l'instabilité politique du pays", remarque le site Balkan Insight. Depuis plusieurs semaines, les tensions politiques sont à leur comble dans le pays, notamment entre le gouvernement et l'Eglise orthodoxe serbe.

Pourquoi cette cyberattaque est-elle importante ?

Le ministre monténégrin de la Fonction publique, Maras Dukaj, a souligné samedi qu'il s'agissait de "l'attaque de la plus grande intensité" à avoir été commise. Les systèmes informatiques de plusieurs institutions ont été "infectés", dont celui du ministère des Finances, a-t-il ajouté. "Grâce aux mesures rapides, il n'y a pas eu de dégâts durables pour les infrastructures informatiques", a-t-il tweeté.

Maras Dukaj avait assuré vendredi soir que "les comptes des citoyens et des entreprises, tout comme leurs données, (n'étaient) pas menacés". Selon la même source, "toutes les infrastructures essentielles" sont en danger, notamment les systèmes d'électricité et d'approvisionnement en eau. Les centrales électriques ont basculé sur le mode manuel de fonctionnement.

Qui est pointé du doigt comme responsable ?

Après avoir réuni tard vendredi le Conseil de sécurité nationale pour décider des mesures à prendre, le chef du gouvernement Dritan Abazovic, qui gère les affaires courantes, ne s'est pas exprimé sur les origines de cette attaque, mais son ministre de la Défense a désigné la Russie. "Nous n'avons pas pu faire confirmer, au conseil, par des gens compétents dans ce domaine, si un individu, un groupe ou un Etat était derrière (cette attaque), mais nous n'avons pas pu exclure cela non plus", a indiqué Dritan Abazovic en conférence de presse.

Pour le ministre de la Défense, Rasko Konjevic, il s'agit d'"attaques très sophistiquées qui ne peuvent pas être menées par des individus". "Qui pourrait avoir une sorte d'intérêt politique pour infliger de tels dégâts au Monténégro ? Je trouve qu'il y a suffisamment (d'éléments) pour soupçonner que la Russie est derrière l'attaque", a lancé Rasko Konjevic à la télévision nationale. Plusieurs médias, citant un "briefing informel" pour la presse locale à l'Agence de sécurité nationale (ANB), affirmaient samedi que l'attaque était menée par "plusieurs services russes".

Quels sont les liens entre le Montenegro et la Russie ?

Malgré des liens historiques forts, les relations entre la Russie et le Monténégro se sont refroidies, en particulier depuis 2014, lorsque le Monténégro, visant l'adhésion à l'OTAN, a rejoint les sanctions précédentes imposées à la Russie par l'UE et les États-Unis pour son annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée et sa participation aux combats dans l'est de l'Ukraine.

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Les liens se sont encore effilochés en 2016 lorsque le Monténégro a accusé la Russie d'avoir parrainé une tentative de coup d'État manquée prétendument destinée à empêcher le Monténégro de rejoindre l'OTAN. En mai 2019, la Haute Cour du Monténégro a condamné 13 personnes, dont deux dirigeants du Front démocratique pro-serbe, deux officiers des services de renseignement russes et huit Serbes à des peines privatives de liberté pouvant aller jusqu'à 15 ans pour avoir organisé la tentative de coup d'État.

Moscou a ajouté en mars le Monténégro sur sa liste de "pays ennemis", après son alignement sur des sanctions de l'Union européenne contre la Russie en raison de son invasion de l'Ukraine en février.