"De là où je parle" : à Marseille, le 2 septembre, Emmanuel Macron a continué sa leçon de piano, adaptant la fonction présidentielle à ses envies, ses besoins, son caractère, ayant néanmoins pris le soin de préciser qu'"il n'y a plus de thaumaturge" - ce qui ne va pas de soi dans notre "cher et vieux pays" toujours attaché à une forme de monarchie présidentielle. Depuis le début du quinquennat, il fait ses gammes, président jupitérien promettant soudain une pratique plus horizontale du pouvoir après la crise des gilets jaunes, chef d'Etat friand des allocutions solennelles à 20 heures qui se lança aussi dans un grand débat presque sans filtre ; sur la Canebière, suivant le conseil d'un proche qui l'avait incité à devenir "le grand maire de France", rôle de composition pour un homme qui n'a jamais été un élu local, le voilà maire de Marseille et le lendemain dirigeant international se penchant sur l'avenir de la planète. Des crises qui ont scandé son mandat, Emmanuel Macron retient une chose : le lien entre le président et ses concitoyens reste solide, le besoin, peut-être pas d'un roi, en tout cas d'un capitaine, demeure fort.
Une présidence "plus collective"?
A l'aube d'une campagne présidentielle, s'interroger sur le rôle du premier des Français n'est pas forcément sot, tant le malaise démocratique, que les trois derniers quinquennats n'ont pas réduit, que l'abstention galopante traduit à sa manière, pèse sur la vie du pays. Les principaux postulants, qui ont l'avantage de parler de la fonction sans la connaître, et l'inconvénient de ne pas connaître la fonction dont ils parlent, réfléchissent également à voix haute.
C'est Xavier Bertrand qui, comme Arnaud Montebourg, mise sur un mandat non renouvelable pour que le président se concentre plus sur l'action que sur sa réélection ; c'est Valérie Pécresse qui prône une présidence "plus collective" - reconnaissons qu'être un président collectif relève jusqu'à preuve du contraire de l'oxymore ; c'est Anne Hidalgo qui se veut à la tête d'"une équipe de France des maires", encore eux, et prévient, elle n'est pas la première à le dire, que "le président ne doit pas s'occuper des boutons de guêtre des Français".
Le hic, et ce quinquennat est là pour le rappeler, vient que les intentions les plus louables résistent mal à l'exercice du pouvoir. Mais redéfinir la fonction présidentielle est une bonne entrée en matière sur le chemin de 2022.
