À quelques heures du débat de l'entre-deux-tours, Marine Le Pen se serait bien passée de la révélation de Mediapart. Le site d'investigation indique, ce mercredi, qu'un fervent soutien de la candidate du Front national est également l'un des dirigeants de Lafarge, le groupe français accusé d'avoir procédé à des arrangements avec l'organisation État islamique en Syrie. Un coup dur pour la candidate d'extrême droite qui place la lutte contre le terrorisme et ses financements au coeur de son programme pour la présidentielle.
Pire encore, l'homme en question, Jean-Claude Veillard, a même été un candidat du Rassemblement Bleu Marine lors des élections municipales de mars 2014 à Paris. Il était, en effet, cinquième sur la liste de Wallerand de Saint Just -l'actuel trésorier du FN- dans le 15e arrondissement de la capitale.
Il aurait été informé des négociations avec Daech
Jean-Claude Veillard serait directement impliqué dans l'affaire relevée par Le Mondeen 2016, selon laquelle Lafarge a financé les terroristes de Daech pour maintenir l'activité d'une cimenterie en Syrie, un pays déchiré par la guerre civile. Les faits remontent à 2013 et auraient perduré jusqu'à l'évacuation du site en 2014.
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Ancien des commandos de marine, Jean-Claude Veillard occupe, selon Mediapart, le poste de directeur de la sécurité de la multinationale depuis 2008. Le site d'investigation affirme -documents et témoignages à l'appui- qu'il avait une "parfaite connaissance des tractations qui ont eu cours, en 2013 et 2014, entre la multinationale et l'État islamique, auteur d'une vague d'attentats sans précédent en France en 2015".
Le chef de la sécurité de Lafarge aurait ainsi été informé de chaque phase de la négociation avec les djihadistes. Il aurait été en copie d'e-mails adressés à la direction et aurait "dû donner son avis sur les décisions prises". À la même époque, Jean-Claude Veillard se présentait aux élections municipales sous l'étiquette frontiste, rappelle Mediapart.
"Une affaire personnelle et privée"
Selon les informations du Monde, publiées en juin 2016, le groupe français s'était mis à "payer des taxes à l'organisation Etat islamique entre 2013 et 2014" afin que la cimenterie de Jalabiya continue de fonctionner pendant la guerre. La direction locale avait ainsi négocié "des droits de passage aux checkpoints tenus par les djihadistes pour ses camions", pour permettre à ses employés et à la marchandise de continuer à circuler.
À la suite de ces révélations, plusieurs ONG, puis le ministère de l'Economie, avaient porté plainte contre le cimentier, l'accusant notamment de financement du terrorisme et d'avoir enfreint les sanctions édictées par l'Union européenne contre le régime de Bachar el-Assad. Dans un communiqué publié début mars, Lafarge avait admis avoir conclu des arrangements "inacceptables" avec des groupes armés. Son directeur général, Eric Olsen, quittera ses fonctions le 15 juillet prochain.
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Contactée par L'Express, l'entreprise de matériaux de construction n'a pas souhaité communiquer. Jean-Claude Veillard n'a pas non plus commenté le dossier syrien, précise Mediapart. Au sujet de son engagement aux côté de Marine Le Pen, le chef de la sécurité de Lafarge a évoqué "une affaire personnelle et privée".
