C'est l'un des ministres les plus en pointe qui en fait la remarque : "Il existe désormais une fenêtre de tir pour Emmanuel Macron, maintenant que le second tour des municipales a été fixé au 28 juin. Et au-delà du 14 juillet, les gens commenceraient à se dire que le président ne se décide pas." Quinze jours pour renverser la table, relancer son quinquennat, changer peut-être de gouvernement. Quinze jours pour montrer que "se réinventer" n'était pas qu'une formule de discours.
Le lundi 29 juin au matin, le chef de l'Etat aura en main tous les résultats des élections municipales. Il saura, par exemple, si Edouard Philippe, qui a obtenu 43,6% au premier tour, est élu au Havre. Les amis du Premier ministre veulent croire, et on peut les comprendre, que celui qui gagne une élection en ressort plus renforcé qu'affaibli... Le 14 juillet, Emmanuel Macron, qui a déjà tenu des réunions préparatoires consacrées à ce moment, voudra marquer de son empreinte la fête nationale, comme Le Parisien l'a raconté. Le moment peut être l'occasion d'une initiative politique.
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Jusqu'à présent, alors que certains de ses prédécesseurs accordaient une longue interview télévisée le 14 juillet, Emmanuel Macron a plutôt adopté un profil bas. L'année dernière, il a enregistré un message vidéo pour célébrer l'Europe de la défense. En 2017 et en 2018, le chef de l'Etat avait privilégié, dans le courant du mois, une adresse solennelle au Parlement réuni en Congrès à Versailles.
Mais en juillet, Emmanuel Macron ne fait pas toujours ce qui lui plaît. La première année, il annonce une réforme du Parlement, avec une baisse du nombre des parlementaires, et la suppression de la fameuse Cour de justice de la République. La seconde année, il demande une loi sur la dépendance, en référence à la situation dans les Ehpad. L'actualité des dernières semaines appuie là où cela fait mal : ce sont autant de promesses restées lettre morte à ce jour.
Quand un président félicite son chef de gouvernement, cela veut parfois dire qu'il s'apprête à le limoger
Il arrive que juillet soit un mois fatal aux Premiers ministres. Le 5 juillet 1984, François Mitterrand, en déplacement à Aurillac, se montre louangeur vis-à-vis de son Premier ministre, Pierre Mauroy, et de son gouvernement, qui "mériteront le retour de confiance des Français". Avis à l'intéressé du moment (Edouard Philippe), quand un président félicite son chef de gouvernement, cela veut parfois dire... qu'il s'apprête à le limoger. La semaine suivante, Mitterrand trouve une pirouette (il lance l'idée, qui n'aboutira jamais, d'un référendum sur les référendums) pour sortir de la crise de l'école libre et retirer le projet de loi de son ministre de l'Education nationale, Alain Savary, qui a pourtant été déjà voté en première lecture à l'Assemblée nationale. Pierre Mauroy comprend que la manoeuvre aboutit forcément à son départ : du coup, il propose à Mitterrand de démissionner. Le 16 juillet, les deux hommes ont un nouvel entretien, le dernier. "Je viens sans doute de vivre le moment le plus pénible de mon septennat", confie dans la foulée le président à son conseiller spécial, Jacques Attali. Mauroy, c'est fini, le lendemain, Laurent Fabius est le nouveau Premier ministre. Juillet fatal.
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Déjà, le 10 juillet 1968, Georges Pompidou avait quitté Matignon, remplacé par Maurice Couve de Murville ; le 5 juillet 1972, c'est Jacques Chaban-Delmas qui s'en était allé, cédant le fauteuil à Pierre Messmer. Et le 26 juillet 1976, cas unique dans l'histoire de la Ve République (voir la série Président, Premier ministre, une histoire de fous, sur lexpress.fr), Jacques Chirac avait remis de sa propre initiative et sans concertation avec l'Elysée sa démission à Giscard, qui le fera lanterner un mois avant de l'accepter. Les prévisions météorologiques sont unanimes : l'été 2020 aussi sera chaud.
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