Ce sont les premiers résultats prometteurs depuis des années dans la lutte contre Alzheimer. Un traitement a donné pour la première fois des résultats positifs pour ralentir la progression de la maladie neurodégénérative. Le groupe pharmaceutique japonais Eisai et l'Américain Biogen ont annoncé, mardi 27 septembre, cette avancée permise par leur médicament, le Lecanemab, sans toutefois publier l'étude scientifique complète.

Selon les informations communiquées par les deux groupes, le traitement aurait permis de réduire le déclin cognitif de patients aux premiers stades de la maladie. Ces données préliminaires sont issues d'essais cliniques menés sur environ 1800 personnes, dont la moitié ont reçu du Lecanemab, et l'autre un placébo. Chez les patients ayant été traités, on observe une réduction de 27% du déclin cognitif sur une période de 18 mois, selon les entreprises.

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Des résultats modestes, mais encourageants pour la communauté scientifique, qui se désole de voir les essais cliniques contre la maladie stagner depuis 20 ans. Dans ce cas, le Lecanemab agit sur des plaques de protéines présentes dans le cerveau chez les malades d'Alzheimer, qui se forment autour des neurones et les détruisent. Si le rôle précis de ces plaques amyloïdes est débattu par les scientifiques, les résultats du médicament montrent que cette stratégie de traitement est une piste importante.

"Espoir ou pas, on ne peut pas commenter tant que l'on n'a pas eu les résultats complets de l'étude scientifique. Cela fait quand même des années que l'on a de grosses déceptions", tempère Philippe Amouyel, médecin, professeur à l'université de Lille et directeur général de la fondation Alzheimer, contacté par L'Express. Les données scientifiques doivent être publiées prochainement. "Ce que ça montre de très important, c'est que la recherche est active et avance sur le sujet du traitement de cette maladie, souligne le scientifique. Des molécules sont testées, de l'argent est investi par les laboratoires. Que ce traitement soit le bon ou pas, on finira par trouver. Les malades et leurs familles ne sont pas abandonnées".

Des risques d'effets secondaires détectés

Les demandes d'autorisation de mise sur le marché américain, européen et japonais seront déposées par Biogen et Eisai avant la fin mars 2023. Le médicament devra toutefois être examiné, "au regard des risques d'effets secondaires" détectés, "dont des inflammations et des saignements dans le cerveau", a indiqué à l'AFP le Dr Charles Marshall, de la Queen Mary University of London.

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Ces résultats sont aussi une seconde chance pour le laboratoire Biogen, après le déploiement désastreux d'une précédente molécule, pointe le New York Times. Un autre traitement du laboratoire avait été commercialisé en 2021, suscitant également de grands espoirs. La FDA avait néanmoins été à l'encontre de l'avis d'un comité d'expert, jugeant ce dernier trop peu efficace lors des essais cliniques, et limitant son usage aux cas d'Alzheimer modérés. Aux Etats-Unis, l'assurance maladie dédiée aux personnes âgées, Medicare, a même décidé de limiter très fortement la prise en charge de ce traitement.

Quoi qu'il en soit, 2023 pourrait être une année importante dans la recherche contre Alzheimer. D'autres résultats sont attendus dans les mois qui viennent pour des traitements fonctionnant sur le même principe de molécule anti-amyloïdes, de la part des laboratoires suisse Roche et américain Eli Lilly.