Soyons guidés par les principes fondateurs de notre civilisation: le respect de la vie et le refus de l'instrumentalisation de l'homme. Ne dévions pas de cette ligne, en dépit de la pression des lobbys financiers et de la frénésie mercantile des laboratoires. Le clonage thérapeutique est inacceptable, car il nous mènerait tout droit au clonage reproductif, une catastrophe pour l'humanité, qui, dans ce délire, perdrait tous ses repères. A titre personnel, je suis aussi opposé à l'utilisation des cellules souches d'origine embryonnaire. Selon la définition du généticien Axel Kahn, l'embryon est le «début incertain d'une vie humaine». Le mystère demeure, mais il touche de trop près à l'homme. Il ne peut y avoir de transgression. On nous dit: «Il y a trop d'embryons surnuméraires congelés, mettons-les au service de la science plutôt que de les détruire.» Je n'accepte pas cet argument. Le vrai problème est de limiter le nombre de ces embryons. La fin ne justifie pas les moyens. Et la perspective d'hypothétiques traitements thérapeutiques ne rend pas légitime le sacrifice d'une vie commençante. De même, ce n'est pas parce certains pays autorisent ces travaux scientifiques que nous devons les imiter dans le seul dessein de ne pas mettre en péril nos entreprises de biotechnologie. Ne soyons pas, comme eux, utilitaristes. Toute recherche n'est pas bonne, et l'Europe se grandirait en établissant des règles communes très strictes dans ce domaine. Par ailleurs, il est pour moi scandaleux de concentrer tout l'effort financier sur des travaux visant à guérir des maladies rares, touchant surtout des patients de pays riches, alors que les pathologies des populations des régions tropicales sont quasiment ignorées des laboratoires.