C'est un nouvel avertissement de la part du monde scientifique. Alors que débute le One Ocean Summit, dont l'objectif est de "relever le niveau d'ambition de la communauté internationale sur les sujets maritimes", des chercheurs de l'Université de Colombie Britannique (UBC) alertent sur la possible quasi-disparition de nos produits de la mer préférés. Selon leurs travaux, plus d'un quart des 20 espèces les plus pêchées en Europe seront soumises à une pression extrême d'ici à 2100, si rien n'est fait pour stopper simultanément le changement climatique, la surpêche et la pollution par le mercure.

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"Si les émissions de carbone continuent d'augmenter à leur rythme actuel, la résilience de certaines espèces, telles que la coquille Saint-Jacques, le rouget, la langoustine, la sole, le merlu ou le bar, diminuera. Leur population sera réduite à une fraction de sa taille actuelle d'ici la fin du siècle", prévient le Dr Ibrahim Issifu, chercheur à l'Institut des océans et de la pêche de l'UBC et auteur principal de l'étude.

Ce n'est bien sûr pas la première fois que des scientifiques nous alertent sur l'état préoccupant de la biomasse sous-marine. Cependant, l'article publié dans la revue Frontiers in Marine Science est l'un des premiers à examiner les effets combinés de la hausse des températures, de la surpêche et de la pollution au mercure. "La combinaison de ces facteurs crée un environnement délétère, soulignent les chercheurs.

Des estimations récentes indiquent qu'entre 40 et 70 % des stocks de poissons dans les eaux européennes atteint déjà un seuil critique, en raison notamment de la surpêche. Pour certaines espèces, comme le merlu, le taux de mortalité est dix fois plus élevé qu'il ne devrait l'être en raison aussi des prélèvements illégaux.

Une accumulation d'effets délétères

La surpêche ne tue pas seulement des quantités considérables de poissons. Elle modifie la composition et la répartition spatiale des populations sous-marines, les rendant plus sensibles aux fluctuations des températures. En d'autres termes, cette pratique réduit les possibilités d'adaptation au changement climatique, et augmente à terme la probabilité d'un effondrement des stocks. Avec parfois des effets en cascade, y compris sur la présence de mercure. Ainsi, selon plusieurs études scientifiques, les pressions induites par la surpêche auraient entraîné une hausse supplémentaire de la concentration de mercure chez certaines espèces comme la morue de l'Atlantique (pour rappel, cet élément chimique provient de la combustion du charbon et des activités minières. Il retombe vers l'océan où il s'accumule dans la chaîne alimentaire marine, avec des conséquences pour l'alimentation et la santé humaine).

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Pour estimer quelles sont les espèces les plus menacées, l'équipe de recherche a déterminé pour chacune d'entre elles, une plage de tolérance de température et regardé si cette fourchette allait être dépassée dans le futur. Résultat ? En raison de leur tolérance plus élevée, l'espadon et la dorade royale seront moins impactés par exemple que la morue ou le hareng, dont les populations souffriront sensiblement, même dans le cadre d'un scénario optimiste du point de vue de la réduction des émissions de CO2. Cependant, certaines espèces plus grandes et à plus longue durée de vie, tel que l'espadon, pourraient être davantage contaminées par le mercure (50 % en plus par rapport aux concentrations actuelles), ce qui les rendrait impropres à la consommation.

Bien sûr, il s'agit là d'un scénario basé sur des hypothèses défavorables, et pas d'une prévision. Estimer la concentration en mercure reste extrêmement difficile. Toutefois, le message général de l'étude est clair : pour assurer l'avenir de certaines espèces, il faut s'attaquer sans attendre à la surpêche, à la pollution au mercure et au réchauffement climatique. Avec le One Ocean Summit, les gouvernements ont l'occasion de passer à l'acte.