Jawad Bendaoud est arrivé en avance au tribunal ce mercredi matin, son téléphone greffé à la main. Très vite, il l'a brandi en direction des journalistes qui braquaient caméras et appareils photos sur lui. "Tu me filmes, je te filme." L'accro aux réseaux sociaux diffuse aussitôt les images sur Snapchat. "Et c'est reparti", avait-il écrit un peu plus tôt dans le taxi qui l'emmenait vers la cour d'appel de Paris, où s'ouvre son procès en appel pour "recel de malfaiteurs terroristes".

Dans l'enceinte du vieux tribunal, la tenue du trentenaire détonne: jogging noir agrémenté de bandes latérales à paillettes dorées, baskets noires et chaussettes blanches qui recouvrent à sa cheville droite son bracelet électronique. Celui qu'on a surnommé le "logeur de Daech" alterne les attitudes nerveuses et détendues. Lorsque l'avocate générale Naïma Rudloff évoque son souhait d'entendre sa mère, "Jawad" se tend d'un coup sur son banc, s'énerve, aussitôt calmé par son avocat, Xavier Nogueras. Il lève alors le doigt et précise qu'elle est "au Maroc".

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En première instance, dans cette même salle d'audience, il y a neuf mois, il avait expliqué être une personne très "calme". Mais, "comme une bombe", quand on le "touche", il "explose". Le jeune homme de 32 ans dormait alors à l'isolement depuis vingt-sept mois, accusé d'avoir fourni un logement aux terroristes du 13 novembre Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, dont il a toujours nié connaître l'identité. Cette fois, après sa relaxe en février dernier, il comparaît libre.

"Il m'a dit qu'il était innocent"

Mais en ce premier jour d'audience, il n'a pas encore eu l'occasion de donner sa version. Le procès a commencé avec une heure et demie de retard, sans vraiment commencer d'ailleurs. Puisqu'il a surtout été question de procédure dans cette salle entièrement remplies des robes noires d'avocats, représentant les quelque 780 parties civiles.

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L'un des conseils a d'ailleurs pris la parole pour dénoncer au nom de tous le "profond sentiment de relégation qu'éprouvent" les victimes et leurs proches qui n'ont pas pu prendre place à leur côtés, reléguées dans une autre salle du tribunal. "Etre présent dans la salle d'audience, c'est aussi se faire sa propre idée, en regardant les prévenus, en observant leurs réactions. (...) La présence massive des victimes changerait tout. Là, les prévenus n'auront aucun contact visuel avec eux", a estimé Frédérique Giffard.

Un des survivants des attentats est pourtant là. Bilal Mokono, cloué à son fauteuil roulant depuis l'attaque terroriste du stade de France, est présent à ce deuxième procès comme il l'était au premier. À la sortie, Jawad Bendaoud s'est dirigé vers lui, lui a parlé à l'oreille avant de l'embrasser. "Il avait peur de ma réaction après les propos que lui a prêtés son ex-compagne avant l'été ("Je les ai niqués une fois, je les aurai une deuxième fois", selon Europe 1). Il m'a dit qu'il était innocent", a expliqué l'ancien garde du corps aujourd'hui paralysé. Et de conclure dans un faible sourire: "Dans ma situation, les gens qui viennent me parler, je n'ai d'autre choix que de les écouter."